LODEOM préservée dans le budget 2027 : ce que la stabilité change pour les entreprises réunionnaises

Après une année de menaces budgétaires, le gouvernement a confirmé le 28 juillet 2026 le maintien des exonérations de charges sociales outre-mer dans le projet de loi de finances pour 2027. Pour les 30 000 entreprises réunionnaises concernées, la décision vaut moins par son montant que par le signal qu’elle envoie.

Un dispositif qui a failli être raboté

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 prévoyait une réforme profonde de la LODEOM. Son article 8 supprimait le barème « innovation et croissance », réduisait les exonérations sur les salaires supérieurs à deux SMIC et alignait les régimes de Saint-Barthélemy et Saint-Martin. L’économie attendue atteignait 350 millions d’euros, soit une baisse de 22 % du coût du dispositif.

En parallèle, les crédits de compensation inscrits au budget 2026 tombaient à 1,82 milliard d’euros en autorisations d’engagement, en recul de 19 % sur un an. La commission des affaires sociales a supprimé ces modifications, et les rapporteurs du Sénat se sont opposés à une réforme jugée nocive pour l’emploi ultramarin dans un contexte économique dégradé.

À La Réunion, le dispositif concerne environ 30 000 entreprises et soutient près de 120 000 emplois. Le contexte donne à ces chiffres leur poids : selon l’INSEE, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail atteint 18 % de la population active au premier trimestre 2026, en hausse de deux points sur un an.

Un rapport sénatorial qui contredit les évaluations administratives

Le 27 mai 2026, un rapport d’information du Sénat conduit par Élisabeth Doineau et Solanges Nadille conclut que la LODEOM et la LOPOM sont des dispositifs efficients et efficaces, malgré des évaluations administratives souvent défavorables. Le coût brut avoisine 1,5 milliard d’euros, mais le coût net rapporté au droit commun tombe à environ 0,7 milliard. Les rapporteurs estiment à près de 8 300 le nombre d’emplois soutenus par rapport aux allègements généraux.

Le rapport formule quatre recommandations : clarifier les objectifs assignés au dispositif, fiabiliser les données de gestion, référencer systématiquement les exonérations de droit commun comme point de comparaison, et simplifier une architecture devenue illisible avec neuf barèmes différents. Il pose surtout une condition de méthode : aucune réforme substantielle sans consensus préalable.

La décision et son motif

Un choix clair que nous faisons avec le Premier ministre : celui de la stabilité, de la confiance et du soutien à l’emploi et à l’investissement dans les Outre-mer.

Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, 28 juillet 2026

L’annonce couvre également le régime d’aide fiscale à l’investissement productif. La ministre a annoncé une feuille de route construite avec les acteurs, et des travaux de simplification issus d’un rapport d’inspection sont prévus à l’automne 2026.

Du côté des entreprises, le président de la chambre de commerce et d’industrie de La Réunion, Pierrick Robert, avait jugé qu’il serait « une aberration » de toucher aux outils qui permettent de créer de la compétitivité, de l’emploi et de garantir la formation des jeunes sur un territoire à fort chômage.

Ce que cela change concrètement

Pour un dirigeant réunionnais, l’effet immédiat est un coût du travail stabilisé sur l’exercice à venir. L’effet de second rang, plus déterminant, est la restauration d’un horizon de décision. Une entreprise ne recrute pas et n’investit pas sur la base d’un dispositif dont elle ignore s’il existera dans douze mois. Deux exercices consécutifs d’incertitude ont conduit nombre de structures à différer embauches et projets de croissance.

Cette accalmie ne vaut cependant pas garantie de long terme. Le chantier de simplification annoncé pour l’automne rouvrira la question des barèmes, et l’objectif d’économies budgétaires n’a pas disparu. Les entreprises dont l’équilibre repose sur les tranches hautes du barème, celles qui emploient des salariés au-delà de deux SMIC, restent les plus exposées à un futur ajustement.

La recommandation d’Eden Conseil est simple : profitez de cette fenêtre pour mesurer précisément votre dépendance au dispositif, barème par barème, et pour construire vos scénarios avant l’ouverture des discussions d’automne. En intelligence économique, une décision publique se prépare pendant qu’elle s’écrit, pas une fois qu’elle est publiée.

Sources

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